Bienvenue dans le monde de la vision des enfants!

Introduction:

Une des premières études en Australie à rapporter le fait que le fait de jouer plus à l’extérieur pouvait avoir un lien avec une moindre prévalence de myopie chez les enfants avait été publiée en 2008 par Kathlyn Rose et ses collaborateurs (1) ; c’était une étude imposante puisque plus de 4 000 enfants avaient été inclus dans la «Sydney Myopia Study» et qui eut lieu entre 2003 et 2005.

Les auteurs avaient montré que des niveaux plus élevés d’activité de plein air (activités sportives et de loisirs) ont été associés à des réfractions plus hypermétropes et une moindre prévalence de myopie chez les élèves de 12 ans. Les étudiants qui effectuaient beaucoup de travail de près à l’intérieur et qui passaient le moins de temps à jouer à l’extérieur montraient moins d’hypermétropie et plus de myopie. Le contraire est aussi vrai.

La même équipe de chercheurs (2) a aussi analysé la présence de myopie dans deux populations d’enfants à l’école primaire appariés pour l’âge et l’origine ethnique : 124 à partir de l’étude de la myopie de Sydney et 628 de l’étude de cohorte de Singapour sur les facteurs de risque de myopie.

La prévalence de la myopie chez les enfants d’origine chinoise de 6 et 7 ans, était significativement plus faible à Sydney (3,3 %) qu’à Singapour (29,1 %) (p <.001). La prévalence de la myopie chez un ou deux parents était de 68 % à Sydney et à 71 % à Singapour. Les enfants Sydney lisent plus de livres par semaine (P <.001) et travaillent plus longtemps de près (P = .002). Les enfants à Sydney passent plus de temps pour les activités en plein air (13,75 versus 3,05 heures par semaine, p <.001), ce qui a été le facteur le plus important associé aux différences dans la prévalence de la myopie entre les 2 groupes.

 Ils ont par la suite examiné 1249 adolescents (3), inclus dans l’étude appelée «Singapore Cohort study Of Risk factors for Myopia» (SCORM) au cours de l’année 2006.

Le temps total moyen consacré à l’activité extérieure était de 3,24 heures par jour. L’activité totale extérieure (h/jour) était significativement associée avec le degré de myopie. En outre, le temps total passé à l’extérieur a été associé une condition de moindre myopie. Le temps total dévoué aux sports a été également significativement associé à moins de myopie, mais pas les sports d’intérieur.

Les participants qui passent plus de temps à l’extérieur sont moins susceptibles d’être myopes. Ainsi, l’activité extérieure peut protéger contre le développement de la myopie chez les enfants, et cela soutient les données des études australiennes (voir plus haut).

D’autres études ont suivi par la suite et de futures recherches seront sûrement à venir.

Autres études

En 2010, Deng et coll.  (4) ont étudié l’association entre la réfraction (myopie ou hypermétropie) des enfants avec leurs activités visuelles évalués par questionnaire dans l’année scolaire et les vacances d’été (juin, juillet et août).

Pendant l’année scolaire, les myopes ont passé beaucoup moins d’heures (8,25 ± 6,24 h/semaine) que les non-myopes (10,95 ± 5,95 h/ semaine) dans les sports ou  activités de plein air (p <0,05). En outre, les myopes (12,78 ± 9,28 h/semaine) regardaient davantage la télévision que les non-myopes (8,91 ± 5,95 h/semaine) (p = 0,02). Aucune autre différence n’a été retrouvée.

Une nouvelle découverte est le nombre élevé d’heures de sport/d’activités en plein air pour les myopes et les non-myopes pendant la pause estivale, ce qui peut contribuer à la croissance ralentie des yeux chez tous les enfants pendant ces 3 mois.

Mutti et coll. (5)  a tenté d’évaluer l’hypothèse que le temps passé à l’extérieur pouvait créer des différences dans les taux de vitamine D dans le sang entre les myopes et non myopes. Les taux sanguins de vitamine D n’étaient pas significativement différents entre les myopes et les non-myopes, ni les heures passées à l’extérieur. L’hypothèse ne pouvait donc pas être évaluée correctement bien que les myopes semblent avoir des niveaux moyens de vitamine D inférieurs aux non-myopes.

Guggenheim (5) et collaborateurs ont suivi les participants de l’étude longitudinale Avon Longitudinal Study of Parents and Children (ALSPAC) qui ont été évalués à l’âge de 7, 10, 11, 12 et 15 ans, et classés comme myopes ou non myopes à chaque visite. L’activité physique à l’âge de 11 ans a été mesurée de façon objective à l’aide d’un accéléromètre, porté pendant 1 semaine. Le temps passé à l’extérieur a été évalué par un questionnaire rempli par les parents lorsque les enfants étaient âgés de 8-9 ans.

Le temps passé à l’extérieur était un facteur prédictif de l’incidence de la myopie indépendamment du niveau d’activité physique. La plus grande association observée pour le temps passé à l’extérieur suggère que le lien entre les «sports / activités de plein air» et la myopie sont dus principalement au temps passé à l’extérieur plutôt qu’à l’activité physique.

Dharani et coll. (6) ont analysé le temps passé à l’extérieur à l’aide d’un journal de notes et d’un posemètre portable sur une période de 1 semaine chez des 117 enfants de Singapour âgés de 6-12 ans avec et sans myopie. Tous les enfants ont porté un posemètre pendant 1 semaine et les parents ont rempli le journal des activités en plein air des enfants pendant 7 jours.

L’accord entre le posemètre et le journal des activités en plein air de 7 jours était de médiocre à passable. Les deux instruments mesurent sans doute différents paramètres, temps passé à l’extérieur et l’intensité lumineuse qui en résulte, et cela ne semble pas une approche utile pour saisir les différents aspects de risque dans les études futures pour la myopie.

Donovan (7)  et coll. ont analysé les variations saisonnières dans la progression myope des enfants chinois. Ils ont examiné un total de 85 enfants chinois ayant une myopie entre -0,75 D et -3,50 D et un astigmatisme sphère ≤ -1,50 D, qui portaient des verres pour voir au loin. Ils ont mesuré la réfraction et les données de la longueur axiale à 6 mois d’intervalle. Les taux de progression de l’œil droit ont été définis pour les premiers et deuxièmes 6 mois de l’étude et classés en fonction de «l’été», «automne», «hiver», ou «printemps».

La moyenne de progression de 6 mois était -0,31 ± 0,25 D pour l’été, -0,40 ± 0,27 D pour l’automne, -0,53 ± 0,29 D pour l’hiver, et -0,42 ± 0,20 D pour le printemps. L’augmentation de la longueur axiale était de 0,17 ± 0,10 mm pour l’été, 0,24 ± 0,09 mm pour l’automne, 0,24 ± 0,09 mm pour l’hiver, et de 0,15 ± 0,08 mm pour le printemps (p <0,001). De plus, les données pour l’été et l’hiver étaient différents les uns des autres pour la progression de la myopie et de l’allongement axial.

Ainsi, la progression de la myopie durant les mois d’été est d’environ 60 % de moins que celle observée en hiver, et l’allongement axial était également bien moindre en été. Il n’est pas certain que plus le temps passé à l’extérieur en été par rapport à l’hiver soit un facteur contributif, ou que la différence dans les taux de progression de la myopie soit le résultat de variations «saisonnières», ou de quantité de travail effectué de près.

Jones-Jordan (8)  et collaborateurs ont aussi récemment étudié l’association entre la progression de la myopie et le temps passé à l’extérieur et diverses activités visuelles.

Leurs résultats indiquent que le nombre d’heures de lecture pour le plaisir par semaine n’était pas significativement associé à une progression annuelle de la myopie, pas plus que les autres activités de près. L’ampleur des effets était cliniquement négligeable.

Malgré les associations antérieures entre le temps passé en plein air et le risque d’apparition de la myopie, ces auteurs n’ont pu obtenir les mêmes résultats…

Conclusion :

L’une des surprises des récentes recherches est l’importance de la façon dont l’augmentation du temps passé à l’extérieur aide à prévenir la myopie. À l’heure actuelle, il semble que 14 heures par semaine ou plus à l’extérieur sont significativement efficaces à réduire la progression de la myopie.

Pourquoi cette relation surprenante ? Voici quelques pistes suggérées :

• L’exposition au soleil augmente la production de vitamine D (la vitamine D est produite par la peau, à l’aide de la lumière du soleil) ? Mais une étude a montré que la concentration sanguine de cette vitamine n’est pas significativement différente chez les enfants qui passent plus de temps à l’extérieur que les autres…

• L’exposition au soleil augmente la production de substances chimiques dans la rétine comme la dopamine qui permet de contrôler la croissance de l’œil ?

• Les enfants regardent plus souvent au loin lorsqu’ils jouent à l’extérieur ?

• L’exposition à des micro-organismes bénéfiques (production de sérotonine qui fait partie du système de signalisation à l’intérieur de la rétine oculaire pour contrer la croissance de l’œil?

Nous savons que ce n’est pas les sports ou l’activité physique. Les avantages sont possibles pour les enfants qui jouent à l’extérieur sans activité sportive organisée.

Références :

(1) Rose KA, Morgan IG, Ip J, Kifley A, Huynh S, Smith W, Mitchell P.Outdoor activity reduces the prevalence of myopia in children. Ophthalmology. 2008 Aug;115(8):1279-85.

(2) Rose KA, Morgan IG, Smith W, Burlutsky G, Mitchell P, Saw SM. Myopia, lifestyle, and schooling in students of Chinese ethnicity in Singapore and Sydney. Arch Ophthalmol. 2008 Apr;126(4):527-30.

(3) Br J Ophthalmol. 2009 Aug;93(8):997-1000. Epub 2009 Feb 11. Outdoor activity and myopia in Singapore teenage children. Dirani M, Tong L, Gazzard G, Zhang X, Chia A, Young TL, Rose KA, Mitchell P, Saw SM.

(4) Deng L, Gwiazda J, Thorn F. Children’s refractions and visual activities in the school year and summer. Optom Vis Sci. 2010 Jun;87(6):406-13.

(5) Mutti DO, Marks AR. Blood levels of vitamin D in teens and young adults with myopia. Optom Vis Sci. 2011 Mar;88(3):377-82.

(6) Dharani R, Lee CF, Theng ZX, Drury VB, Ngo C, Sandar M, Wong TY, Finkelstein EA, Saw SM. Comparison of measurements of time outdoors and light levels as risk factors for myopia in young Singapore children. Eye (Lond). 2012 Jul;26(7):911-8. doi

(7) Donovan, L, Sankaridurg, P, Ho, A. Chen, X. Lin, Z. Thomas, V. Smith, E L. III, Ge, J. Holden, B. Myopia Progression in Chinese Children is Slower in Summer Than in Winter.  Optometry & Vision Science. 89(8):1196-1202, August 2012.

(8) Jones-Jordan LA, Sinnott LT, Cotter SA, Kleinstein RN, Manny RE, Mutti DO, Twelker JD, Zadnik K; for the CLEERE Study Group.Time Outdoors, Visual Activity, and Myopia Progression in Juvenile-Onset Myopes. Invest Ophthalmol Vis Sci. 2012 Oct 15;53(11):7169-7175.

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