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Plusieurs auteurs affirment que la véritable dyslexie est dite une dysfonction «neurologique» (bien sûr, on lit avec le cerveau, pas seulement les yeux !) marquée par l’incapacité des centres du cerveau à décoder efficacement les mots écrits ou de faire le lien phonétique entre les symboles écrits et leurs sons appropriés. La connotation du mot «neurologique» peut prêter à confusion : celui-ci s’apparente trop facilement au concept de maladie du système nerveux. La dyslexie peut être la manifestation de dysfonctions mais sûrement pas une maladie!

L’origine de ce problème, encore débattue ardemment dans la littérature, est sans doute multi-causale. Il est malheureux que les chercheurs ne se penchent à chaque fois que sur un petit aspect de la dyslexie lors de leurs études. On sait aussi que pas tous les enfants qui ont du mal à lire, cependant, ne souffrent de problèmes de traitement phonologique. Bien que les symptômes soient similaires, il peut aussi y avoir des problèmes visuels et perceptuels qui interfèrent avec un apprentissage adéquat, et pas seulement un déficit fondée sur le langage, comme voudraient le faire croire certains…

Margaret Livingstone et coll., du Département de Neurobiologie, au Harvard Medical School et au Laboratoire de recherche sur la dyslexie, au Beth Israel Hospital de Boston rapporte qu’un déficit dans le traitement visuel joue un rôle important dans la grande majorité des enfants qui ont du mal à lire: «Plusieurs études perceptuelles ont suggéré que l’information visuelle des sujets dyslexiques est traitée plus lentement que chez les sujets normaux. Ces anomalies visuelles sont présentes dans plus de 75 % des enfants ayant un problème de lecture».

Livingstone MS, Rosen GD, Drislane FW, et al. Physiological and anatomical evidence for a magnocellular defect in developmental dyslexia. Proc Natl Acad Sci USA 1991; 88:7943-7.

D’ailleurs, tous  les  enfants  ayant  des  difficultés à  l’école primaire ne sont pas dyslexiques et vice versa. Un enfant peut être dyslexique sans pour cela être en échec prolongé (en particulier si la dyslexie est légère et si elle peut être compensée par le développement d’autres aptitudes intactes).

Il existe essentiellement un problème de définition clinique de la dyslexie. Chacun y va de sa propre définition et les tests utilisés pour le diagnostic d’une telle condition ne conduisent pas toujours à un diagnostic clair… L’imprécision dans le diagnostic peut d’ailleurs certainement expliquer la grande variabilité des taux de prévalence relevés dans la littérature (ce taux en effet peut passer de 4 % (Yule et Rutter, 1974) à 20 % (Shaywitz, 1996)).

Yule W, Rutter M, Berger M, Thompson J. Over- and under-achievement in reading: distribution in the general population. Br J Educ Psychol. 1974 Feb;44(1):1-12. 

Shaywitz SE. Dyslexia. Sci Am. 1996 Nov;275(5):98-104.

Un enfant du début du primaire peut avoir quelques difficultés pour apprendre à lire, cette situation est fréquente et il n’est pas question de tomber dans l’excès et de mettre à tous ces enfants une étiquette de «dyslexie».

Les processus de décodage de la lecture : le modèle à double voie

Le modèle à double voie est très fréquemment utilisé comme modèle de référence pour le décodage lors de la lecture. Ce modèle postule l’existence de deux procédures intervenant tant en lecture qu’en écriture.

Odédys_fr

Le modèle à double voie de lecture

http://www.cognisciences.com: Outil de Dépistage des Dyslexies – Odedys2 – 2009

Procédure phonologique

La voie phonologique (ou voie d’assemblage), se caractérise par un traitement analytique séquentiel ou syllabique du mot ou du pseudo-mot (mot inventé). Elle met en jeu un système de règles de conversion graphème (une ou deux lettres, parfois trois) – phonème (le son correspondant) apprises explicitement à l’école.

Le mot « chameau » lorsqu’il est traité via ce système fera l’objet d’une segmentation en graphèmes <CH-A-M-EAU>, puis à chaque graphème sera attribué  le phonème qui lui est le plus fréquemment associé dans la langue (CH -> /S/; A -> /a/; M -> /m/; EAU -> /o/). Cela permet de générer la séquence du mot.

Seule la voie phonologique permet le traitement des mots nouveaux (mots non appris précédemment ou « pseudo-mots » qui sont des mots inventés pour les besoins de l’expérience ; exemple : verdulin, clavoir, dispante).

Dans la mesure où le traitement des mots nouveaux est spécifiquement dédié à ce système, des listes de pseudo-mots sont systématiquement proposées en lecture et en dictée aux enfants présentant des difficultés afin de tester l’intégrité de la voie phonologique. Une bonne performance en lecture ou dictée de pseudo-mots indique que la voie phonologique est opérationnelle, une performance médiocre suppose une atteinte de cette voie.

On sait que la voie analytique (phonologique) tient une place prépondérante en début d’apprentissage dans la mesure où elle est chronologiquement la première. Si l’on conçoit que  chez l’adulte les deux voies sont relativement autonomes, il semble peu plausible que ces deux voies soient aussi distinctes chez l’enfant en apprentissage.

Procédure lexicale ou éidétique

La procédure lexicale (ou voie d’adressage), effectue un traitement simultané de tous les éléments du mot. L’ensemble des unités qui composent le mot est traité en parallèle conduisant à l’activation de connaissances mémorisées sur la forme orthographique ou sonore des mots appris précédemment. L’enfant voit le mot et le comprend instantanément.

En lecture, et après traitement visuel, la représentation orthographique (globale) du mot est activée au sein du lexique orthographique (le «dictionnaire dans notre tête») et donne un accès très rapide à la forme sonore (phonologique) correspondant à ce mot et à son sens. Pas besoin de décoder le mot syllabe par syllabe.

Le fonctionnement de ce lexique est encore incomplètement connu, mais il semble se faire à la manière d’un dictionnaire auquel on  se référerait pour  chaque mot à lire,  selon une procédure de type «photographique», permettant une identification rapide (d’autant plus rapide que le mot est plus familier) puis un accès immédiat au sens.

Chacune des deux procédures de lecture (ou d’écriture) est mise en œuvre spécifiquement pour le traitement de certains types de mots: la voie lexicale ne peut traiter que les mots déjà appris dont les représentations sont disponibles au sein du lexique orthographique et de sa correspondance phonologique. Elle est indispensable à la lecture ou à l’écriture des mots irréguliers qui ne se prononcent pas comme ils s’écrivent (ex: monsieur, toast). Cette particularité des mots irréguliers qui ne peuvent être traités que par la voie lexicale est utilisée lors de l’évaluation des enfants présentant des troubles d’apprentissage de la lecture. Des listes de mots irréguliers leur sont systématiquement proposées afin de tester l’intégrité de la voie lexicale : une bonne performance lors de la lecture de ces mots montre que la procédure lexicale est opérationnelle; une performance faible en lecture de mots irréguliers comparée à la lecture des mots réguliers ou des pseudo-mots suggère une défaillance de la procédure lexicale.

(suite dans le prochain blogue)

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