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Archives de la catégorie ‘Lecture globale’

Étude de la clinique Mayo : l’entraînement des mouvements oculaires améliore la fluence de lecture

Photo JPL-blogueDans une nouvelle étude de la clinique Mayo, des chercheurs ont examiné les composantes de la lecture afin de voir si l’entraînement des mouvements oculaires à l’école pouvait conduire à une meilleure fluence de la lecture.

La fluence de lecture est définie comme la capacité à lire avec aisance, rapidement, sans erreurs et avec une bonne intonation.

Les saccades ou mouvements oculaires rapides sont nécessaires pour une lecture efficace. Des études antérieures ont montré que la capacité à effectuer des tâches complexes telles que les saccades ne sont pas pleinement développées à l’âge où les enfants commencent à apprendre à lire. Les mouvements oculaires chez les enfants plus jeunes sont imprécis, d’où la nécessité pour les yeux à souvent relire le texte, conduisant à un problème de performance. Ces mouvements imprécis ralentissent la vitesse de lecture et conduisent à une mauvaise maîtrise de la lecture et peuvent affecter la compréhension en lecture et le rendement scolaire.

«Il y a des études qui montrent que 34 pour cent des élèves de troisième année ne sont pas encore compétents en lecture, et si vous n’êtes pas compétent en lecture dès la troisième ou quatrième année il ya une probabilité quatre fois plus élevée que vous décrochiez de l’école», dit Amaal Starling, MD, neurologue de la Mayo Clinic et co-auteur de l’étude publiée dans Clinical Pediatrics.

Le Dr Starling affirme que le but de la nouvelle étude avait pour but de déterminer l’effet de six semaines d’entraînement en classe en utilisant un logiciel (King-Devick) qui tente d’améliorer la fluidité de lecture. Ce logiciel permet aux gens de pratiquer à nommer rapidement des chiffres rapide tout en nécessitant des mouvements oculaires dans une orientation de gauche à droite. Il enseigne à mieux maîtriser les mouvements de la lecture.

Dans cette étude, des instructions normalisées ont été utilisées, et on a demandé aux participants du groupe traité de lire les nombres aléatoires de gauche à droite à des vitesses variables sans faire d’erreur. Le protocole de traitement a consisté en des séances d’entraînement individuelles de 20 minutes, trois jours par semaine pendant six semaines, pour un total de six heures d’activités.

Des nombres aléatoires sont présentés à des vitesses variables de gauche à droite et les participants doivent lire les chiffres le plus rapidement possible.


Exemples du test de King-Devick pour les mouvements oculaires

(Image retirée à la demande de la compagnie)

 

Les élèves du groupe de traitement ont eu des scores significativement plus élevés en fluidité de lecture après le traitement et les scores post-traitement étaient significativement plus élevés par rapport au groupe témoin. Après un an de suivi, les scores de lecture de fluidité étaient toujours  significativement plus élevés.

« Les résultats de cette étude pilote suggèrent que le logiciel d’assainissement King-Devick peut être efficace pour améliorer significativement la fluidité en lecture par la pratique rigoureuse des mouvements oculaires, » explique le Dr Starling. «Ce que notre étude a également constaté c’est qu’il y avait une amélioration encore plus grande entre la première et la troisième année par rapport à la troisième et quatrième année, ce qui signifie qu’il peut y avoir une période d’apprentissage critique qui déterminera la compétence en lecture. »

«Les résultats de cette étude suggèrent aussi qu’une intervention précoce (dès la première année) avec un entraînement simple des mouvements oculaires pourrait permettre une amélioration durable de la capacité à lire», explique Craig H. Smith, MD, neuro-ophtalmologiste, et conseiller principal, la Fondation Bill et Melinda Gates, et un des co-auteurs de l’étude.

Les auteurs émettent l’hypothèse que cette amélioration de la fluidité de la lecture est le résultat d’une pratique rigoureuse des mouvements oculaires et de l’amélioration de l’attention visuo-spatiale, qui sont essentiels à une lecture efficace.

Commentaires:

Les activités d’entraînement par ordinateur amènent sans doute des améliorations, du moins en ce qui concerne les mouvements oculaires, mais une rééducation visuelle effectuée dans l’espace réel est sans doute beaucoup plus efficace.

De plus, la reconnaissance par la médecine (ou du moins du groupe de médecins qui ont participé à cette étude) de l’efficacité des activités de rééducation visuelle constitue un grand pas pour l’optométrie.

Ceux qui contestent le lien entre la vision et la performance scolaire doivent examiner et changer ces croyances erronées de façon critique. Nous ne pouvons pas permettre de laisser des opinions dogmatiques sans fondement, des animosités professionnelles et des agendas politiques empêcher nos enfants d’atteindre une vision unique, claire, confortable et binoculaire tout en atteignant leur plus haut niveau académique possible.

Oui, il ya un lien entre la vision et l’apprentissage. Et oui, la thérapie de vision améliore le rendement scolaire.

Source: http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24790022

Les processus de la lecture et la «dyslexie» visuelle ou de surface – 2ème partie

La lecture globale ou lexicale

Photo JPL-blogueLa lecture compétente met essentiellement en jeu la procédure globale ou lexicale de lecture qui assure une lecture fluente et un accès «direct» au sens. Elle consiste à reconnaître la forme orthographique du mot et à retrouver immédiatement en mémoire sa forme orale (ou phonologique), l’évocation du sens du mot s’effectuant simultanément, qui constitue le but ultime de toute lecture.

La voie globale ou éidétique (=photographique) ou la voie d’adressage), à la fois plus automatique et plus rapide, court-circuiterait la voie par assemblage, plus contrôlée et plus lente. La plupart du temps, le lecteur-expert n’utiliserait donc pas de connaissances phonologiques pour reconnaître des mots écrits. En pathologie, l’observation d’une double dissociation entre dyslexie de surface et dyslexie phonologique chez des patients cérébro-lésés constitue un argument neuropsychologique favorable à l’existence de deux procédures autonomes pour la reconnaissance des mots écrits (Coltheart, Masterson, Byng, Prior & Riddoch, 1983 ; Funnell, 1983 ; Shelton & Weinrich, 1997). De nombreux travaux soutenant ce type de modèles ont par ailleurs insisté sur le caractère optionnel du code phonologique en lecture (Peereman, 1991, pour une revue).

Coltheart M, Masterson J, Byng S, Prior M, Riddoch J. Surface dyslexia. Q J Exp Psychol A. 1983 Aug;35(Pt 3):469-95.
Funnell E. Phonological processes in reading: new evidence from acquired dyslexia. Br J Psychol. 1983 May;74 (Pt 2):159-80.                     
Weinrich M, Shelton JR, McCall D, Cox DM. Generalization from single sentence to multisentence production in severely aphasic patients. Brain Lang. 1997 Jun 15;58(2):327-52.
Peereman R. Phonological assembly in reading: lexical contribution leads to violation of graphophonological rules. Mem Cognit. 1991 Nov;19(6):568-78.

Quand l’enfant devient apte à reconnaître un mot comme une entité, il construit progressivement  son lexique orthographique. Le fonctionnement de ce lexique est encore incomplètement connu, mais il semble se faire à la manière d’un dictionnaire auquel on se référerait pour chaque mot à lire, selon une procédure de type «photographique», permettant une identification rapide (d’autant plus rapide que le mot est plus familier) puis un accès immédiat au sens.

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Cette procédure orthographique se développe ensuite pour devenir de plus en plus efficace au fur et à mesure que la lecture devient de plus en plus compétente. Au bout du compte, le lecteur adulte n’utiliserait pratiquement plus que la procédure «photographique», ce qui est évidemment beaucoup plus rapide et économique que de passer par l’assemblage des formes sonores (qui reste cependant nécessaire lorsqu’on doit lire, par exemple, des mots nouveaux, ou sans signification, ou encore des mots d’une langue étrangère).

http://www.coridys.asso.fr/pages/base_doc/txt_habib/entree.html

Imaginez un enfant qui lit la phrase suivante :

«La locomotive arrive à la gare» versus

«la-lo-co-mo-ti-ve-ar-ri-ve-à-la-gare».

Dans le premier cas, l’enfant reconnaît immédiatement les mots et comprend ce qu’il lit.  Dans le deuxième cas, l’enfant ne lit pas des mots mais des syllabes une à une. Difficile de comprendre rapidement ce qui est lu.

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La dyslexie de surface

La dyslexie de surface, dans sa forme pure, se caractérise par une atteinte sélective de la lecture des mots irréguliers alors que la lecture des mots réguliers et des pseudo-mots est relativement préservée. Cette difficulté sélective  à lire les mots irréguliers traduit un dysfonctionnement de la procédure lexicale de lecture.

Ces enfants ne présentent pas de troubles associés du langage oral ; ils ont de bonnes capacités de mémoire verbale à court terme et de travail et une bonne conscience phonémique. Ils présentent par ailleurs des difficultés de traitement visuel qui se manifestent fréquemment par des difficultés à comparer des séquences de lettres ou à identifier des cibles parmi d’autres.

On dit que les formes pures de dyslexies de surface sont relativement rares en clinique. Par contre, je puis vous assurer que dans ma pratique optométrique, ces enfants sont beaucoup plus nombreux que ne le montrent les statistiques.

La dyslexie visuo-attentionnelle

Il existe aussi, selon certains auteurs, une autre forme de dyslexie, la dyslexie dite «visuo-attentionnelle» où l’enfant possède une bonne mémoire de l’orthographe des mots et est capable de transcrire les sons en lettres. Par contre, le type d’erreurs rencontrées dans ce trouble dyslexique correspond à des inversions dans les groupes de lettres, des omissions, des ajouts, des reformulations approximatives, des sauts de lignes.  L’enfant peut confondre des lettres et des mots avec d’autres leur ressemblant étroitement. Il s’agirait d’un trouble affectant l’attention nécessaire à l’activité de lecture.

(In : http://www.ac-grenoble.fr/ia73/spip/IMG/pdf/dys_apedys.pdf)

Ces enfants ont alors des problèmes oculomoteurs (mouvements des yeux) et de discrimination visuelle, des difficultés quant à l’attention visuelle, des difficultés à recopier du matériel.

Il est cependant difficile de concevoir qu’un enfant qui présente un problème visuo-attentionnel sérieux ne montre pas une dyslexie de surface. Il existe assurément une relation très étroite entre la dyslexie de surface et la dyslexie visuo-attentionnelle puisqu’un problème visuo-attentionnel empêche l’établissement d’un lexique orthographique adéquat. Ce sont peut-être aussi des manifestations différentes du même problème qu’est la «dyslexie visuelle». Cette relation étroite entre les problèmes visuo-attentionnels et la dyslexie de surface est renforcée par les progrès significatifs en lecture et en orthographe constatés chez un enfant dyslexique de surface à la suite d’une rééducation ciblée sur les capacités de traitement visuel (Valdois et Launay, 1999)

Valdois S, Launay L. Évaluation et rééducation cognitives des dyslexies développementales: illustration à partir d’une étude de cas.  In : La rééducation neuropsychologie : Études de cas. AZOUVI P, PERRIER D, VAN DER LINDEN M (eds). Marseille, Solcoll, 1999 : 95-116).

Habiletés visuelles et perceptuelles nécessaires pour s’assurer d’une bonne lecture globale

Il est sans doute inutile d’affirmer que les meilleurs lecteurs sont ceux qui lisent de façon globale, leur méthode de lecture est rapide ainsi que leur compréhension. Mais quelle est la conduite à adopter si un enfant exploite peu ou mal son lexique orthographique? Il faut s’assurer que les habiletés visuelles et perceptuelles soient adéquates. Sinon, un traitement de rééducation visuelle sera nécessaire pour les améliorer, les parfaire.

Quelles sont les habiletés qui ont une relation étroite avec le développement du lexique orthographique? D’abord, les mouvements des yeux : lire nécessite un déplacement constant des yeux le long de la ligne de texte, ce qui s’effectue par des séries de sauts brefs (saccades) entrecoupées de pauses plus longues pendant lesquelles prend place toute la prise de l’information visuelle. Ces sauts entre les fixations sont très brefs, d’environ un trentième de seconde. Les fixations durent environ 250 à 300 ms. Les saccades sont aussi un indice de l’attention visuelle. Nous disposons de tests qui évaluent la vitesse, la précision et la fluidité de lecture. Les problèmes de mouvements oculaires entravent le bon apprentissage et la qualité de lecture (impossibilité de suivre un texte, perte de la place, saut de mots ou de lignes, etc.).  Pour qu’une lecture soit efficace, les mouvements oculaires doivent être souples, rapides et précis.

Puis l’attention et la concentration visuelle permettent de demeurer concentré et attentif aux moindres détails de ce qu’on voit et ce, aussi longtemps que nécessaire. L’attention et la concentration visuelles sont la base de la discrimination visuelle. De plus, l’attention visuelle serait le lien entre la perception (rendre l’information disponible) et la cognition (utiliser cette information). Elle nous assure une réception maximale de toutes les informations en provenance de notre environnement visuel. La concentration visuelle favorise une utilisation maximale de la mémoire de travail pour percevoir, enregistrer, rechercher et traiter les informations pertinentes. Elle facilite le travail et surtout le rendement intellectuel.

La mémoire visuelle à court terme et séquentielle permettent de reconnaître un item après une brève exposition, ou de se rappeler d’items dans le même ordre ou dans la même séquence. Par exemple, se rappeler l’ordre des lettres dans un mot ou de mots dans une phrase aide à une compréhension plus rapide. Les enfants qui montrent des difficultés dans la mémoire visuelle séquentielle peuvent avoir des difficultés à copier efficacement des informations du tableau ou d’une autre page, à apprendre à lire des mots ou des phrases et de se rappeler de ce qu’ils ont lu. Ils peuvent aussi avoir des difficultés à se créer un vocabulaire lexical qui à son tour, affectera la fluence et la compréhension de texte.

La visualisation est la capacité de créer des images d’un mot, d’une phrase ou d’un paragraphe dans notre tête (notre tableau mental). Cela assure une bonne compréhension de ce qui est lu et permet une meilleure organisation des informations pour les retenir plus facilement et construire le lexique orthographique. Cette habileté perceptuelle est aussi essentielle en calcul mental et en épellation de mots. Lire une histoire sans pouvoir visualiser la scène décrite dans un texte influence la compréhension contextuelle lors de la lecture.

En résumé, les yeux doivent donc bouger efficacement pour que l’entrée de l’information soit de qualité, l’enfant doit être attentif et pouvoir demeurer concentré sur ce qu’il lit. Sa mémoire visuelle va aussi lui permettre de reconnaître les mêmes mots dans un texte. Plusieurs enfants ne peuvent construire un lexique orthographique car ils ne savent pas même reconnaître un mot qu’ils viennent de lire et qu’ils rencontrent de nouveau quelques lignes plus bas. La visualisation permet à l’enfant de «jongler avec les mots» dans sa tête». Et enfin, c’est la pratique de la lecture à tous les jours qui assure la meilleure efficacité en lecture. Plus on voit les mots souvent, plus vite ils seront inclus dans le lexique orthographique.

Conclusion

Selon les recherches scientifiques, trois habiletés fondamentales (entre autres) vont donc influencer directement la lecture globale chez l’enfant : la mémoire visuelle, l’attention visuelle et la visualisation. Les meilleurs lecteurs sont capables d’une reconnaissance globale des mots (par la voie d’adressage ou la lecture eidétique ou globale). La lecture globale accélère le décodage visuel, requiert moins d’énergie et favorise la compréhension. La lecture par la voie phonologique ralentit le processus de lecture et ne garantit pas la compréhension adéquate d’un texte. Les meilleurs lecteurs ont dépassé le stade de la conscience phonologique et peuvent reconnaître la majorité des mots sans avoir à les décortiquer. C’est pourquoi nous avons développé une portion particulière de notre rééducation visuelle pour parfaire ces habiletés perceptuelles. Nous tentons ainsi de mieux développer la lecture globale pour améliorer la lecture et la compréhension.